Sept siècles pour te retrouver
Certaines rencontres changent une vie. D’autres traversent les siècles pour s'imposer.
Le nouveau roman de Claude Bourdoncle évoque cette incroyable réalité.
Le roman :
Certaines rencontres changent une vie. D’autres traversent les siècles pour s'imposer.
Kate est biologiste. Cartésienne et rationnelle, elle croit à la science, aux preuves et à la logique. Elle réfute le destin ou les coïncidences. Pourtant, lorsqu’elle porte secours à cet homme, une étrange familiarité s’impose à elle. Déterminée à comprendre cette troublante attirance, Kate découvre un secret de plusieurs siècles porté par cet homme. Son enquête l’entraîne dans un monde de télépathie, de pouvoirs médiumniques et de sociétés secrètes. Entre raison et sentiments, la scientifique constate que ses certitudes vacillent entre réalité et l’inconcevable...
Les premières pages :
Ce jour-là, Kate était en avance, elle décida de prendre un chemin différent, ne se doutant pas que ce nouvel itinéraire allait transformer sa vie.
L’autoroute A20 sur laquelle elle roulait avec son régulateur de vitesse semblait aussi ennuyeuse que la lecture de l’annuaire téléphonique par temps de pluie. Même la musique des Rolling Stones, « Satisfaction », qui passait sur les ondes radio, n’arrivait pas à la sortir de sa morosité. Alors que sa voiture approchait de la sortie 54 aux destinations de Gramat, Gouffre de Padirac et Rocamadour, des souvenirs lui revinrent à l’esprit. Kate actionna son clignotant pour quitter l’autoroute.
Elle se gara pour programmer l’itinéraire sur le GPS de son ordinateur de bord, de la sortie 54 à Rocamadour puis reprit la route.
Rocamadour, ce nom lui rappelait tant de souvenirs. Elle y avait passé de nombreux étés avec ses cousins. Mentalement, elle calcula… Cela faisait 18 ans qu’elle était partie ; que de chemins parcourus depuis cette époque.
Très autonome, Kate décida à 18 ans d’aller faire des études de médecine et de biologie à Paris. À 23 ans, elle sortit major de la faculté. Plutôt que de faire une brillante carrière dans la médecine, elle intégra, grâce aux relations de son père, les services secrets. Elle propulsa la recherche scientifique dans le 21ème siècle grâce à son génie informatique. À 25 ans, elle démissionnait, avec leur accord, pour créer la RSM, la société de Recherche Scientifique Mobile. Elle mit ses compétences aux services des autres et se spécialisa sur les enquêtes non résolues, les « cold case », comme on dit aux USA.
L’année suivante, elle créa le R6B2 le premier programme de cryptage autonome.
Sa renommée était faite.
Ses compétences reconnues et recherchées par de nombreuses sociétés permirent à Kate de s’offrir le luxe de sélectionner ses clients.
Bien qu’aimant travailler seule, elle s’était créé un réseau d’experts qu’elle activait selon les dossiers ou les missions retenues. Parmi ses contacts préférés, il y avait Phil Trot, ancien membre du GIGN, véritable homme de terrain, Jean-Pierre surnommé JP, tireur d’élite et mécanicien hors pair, Béatrice Sans, profileuse, psychologue, experte dans les sciences occultes et Clovis Bos, historien, rat de bibliothèque.
Les missions proposées à Kate étaient de tout ordre, son habilitation « secret défense » lui permettant d’intervenir pour les entreprises, pour la police ou pour un gouvernement. De plus, son statut d’indépendante était un atout pour ses employeurs.
Elle avait l’habitude de dire à ses clients « Nous faisons l’impossible, pour les miracles, voir nos délais ».
Elle avait 35 ans. L’UNESCO, L'organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, venait de lui proposer d’immortaliser « toute la beauté du monde », pour citer son interlocuteur, avec son regard de scientifique. Kate, très surprise et honorée par cette proposition, avait demandé un temps de réflexion pour répondre.
- Tourner à droite au prochain croisement, prendre la N140 direction Malastreges, dit son ordinateur.
Kate mit son clignotant, regarda dans le rétroviseur et s’engagea sur la route nationale. Regardant de nouveau dans le rétroviseur, elle lut la fatigue sur son visage. Sa mère allait encore lui faire des reproches.
- Tu as vu ta mine, on ne te reconnaît pas ! Ce n’est pas une vie de rester toujours derrière un ordinateur ! En plus, tu ne vois personne, tu ne pourras jamais te marier. Ton frère, qui a cinq ans de moins, est marié et a deux enfants. Gâcher sa vie dans des ordinateurs alors que tu aurais pu devenir un grand chirurgien, c’est vraiment triste.
Kate n’avait jamais dit à sa mère qu’elle avait une vie d’aventure. Les ordinateurs faisaient partie des éléments de recherche, mais, plus que tout, elle aimait le terrain.
Les enquêtes n’étaient pas souvent dangereuses. La joie et l’excitation de la réussite d’une mission n’avaient pas de prix.
Seuls son père et son frère étaient au courant de ses véritables activités.
Elle savait que sa mère s’inquiétait pour elle, pourtant derrière ses vêtements préférés, T-shirt et jean délavé, Kate cachait un corps d’athlète. Elle faisait régulièrement du sport. Depuis la rencontre de Rémi Cortes, un ancien garde du corps et professeur de full contact, elle avait appris à se battre. Aujourd’hui, peu d’hommes pourraient lui tenir tête dans un combat.
- Malastreges, continuer la N140 en passant par Martel, annonça le navigateur de bord.
La conductrice connaissait le chemin par cœur, mais elle avait l’habitude de faire équipe avec son GPS, c’était sa façon de voyager.
Elle regarda de nouveau dans le rétroviseur. Il faudrait faire quelque chose pour ce visage, se dit-elle. Elle avait les cheveux marron foncé, presque noir. Les yeux verts, la peau presque blanche, la bouche, un peu grande et des lèvres sensuelles faisaient son charme. Sa voix était douce et calme, rassurante.
Elle décida de s’arrêter pour se mettre du fond de teint sur les joues. Elle n’avait jamais réussi à bronzer. Enfant, lorsqu’elle allait à la plage, en août, avec ses parents, toute la famille revenait noire alors que sa peau était encore presque blanche, ce qui amusait son frère Lorens. Il l’avait même surnommé Icegirl à l’époque du film Top Gun.
- Pauvre chérie, disait sa mère, tu as le teint pâle, tu n’es pas malade ? Ou encore lorsqu’elle rentrait les voir le week-end : arrête de travailler comme ça, regarde-toi, on dirait un cachet d’aspirine.
- Martel, continuer la N140 jusqu’à Monvalent, dit la voix dans le GPS.
Kate décida de s’arrêter à Martel. Sur la place des Consuls, il y avait un bar face à la mairie. Dix minutes plus tard, après une pause-café, elle jetait un coup d’œil dans le rétroviseur, pour vérifier sa transformation, et reprit la route. Le fond de teint lui donnait une mine superbe. Elle espérait ainsi ne pas avoir à subir les reproches de sa mère.
Kate venait de passer trois jours à Brive-la-Gaillarde où elle avait été invitée pour parler de son livre « L’histoire du sang », au cours d’un séminaire sur l’Hématologie, science des maladies sanguines. Malgré son emploi du temps bien chargé, elle aimait écrire sur les sujets qui la passionnaient.
Cet ouvrage, qui retraçait l’histoire du sang, comme l’indiquait si bien le titre, était le fruit de 12 ans de recherche. Sans le savoir, elle l’avait commencé lors de sa thèse de biologie. C’était une partie de sa vie.
Pour le commun des mortels, l’objet de sa thèse ne représentait qu’un liquide rouge qui parfois tachait les vêtements, et sans lequel on ne pouvait vivre. Pour elle, c’était tout autre chose, le sang lui parlait, il avait sa propre vie, cette substance rouge pouvait donner énormément de renseignements, les fameux groupes sanguins, bien sûr, mais aussi des indications sur l’individu. Il contient une empreinte de chaque personne et permet presque de retracer sa vie, ses origines, son évolution…