Plus forts que la tempête
Dans ce roman, deux destins percutés par le Destin ouvrant la porte à une nouvelle compréhension du monde.
L’intensité du moment fait l’éternité du souvenir…
Gabriel, 32 ans, accède au titre de Capitaine de Corvette et, avant de s’engager dans la vie active, part en Australie avec Ève. De là, le couple espère s’engager en voilier pour sillonner l’océan mais une tempête percute les destins en ouvrant la porte à une métamorphose radicale des êtres.
Jacqueline Boyé, romancière prolixe, aime à décrire la transcendance dans les histoires humaines et signe ici, probablement, son livre le plus abouti pour éveiller les consciences.
" Jacqueline Boyé a du génie, du talent. "
La Dépêche du Midi.
" C'est là l'essentiel, transmettre du positif et du bonheur au lecteur ! "
Hélène March
LES PREMIERES PAGES :
La marche incertaine, le pas lent, un homme âgé, dos courbé, marche à la tombée de la nuit sur la longue plage de Sète. Le sable, imbibé encore de pluie, colle à ses chaussures et le vent frais s’infiltre au travers de son imperméable. Qu’importe ! Il a l’habitude. Il sait que dans un moment, sa respiration prendra un rythme normal, l’air marin affermir son corps et l’effort lui procurera énergie et chaleur. Il s’appelle Gabriel Laplace, nom sans envergure et bien français. Plus exactement, il est « Monsieur l’Amiral Laplace » et tout le monde ici s’incline respectueusement devant lui. Veuf depuis deux ans, hier soir, il fêtait ses 86 ans avec deux amis de jeunesse divorcés, Julien et Maxime, également retraités de la Marine Nationale qui logeaient chacun dans le même immeuble que le sien, une chance pour tous les trois eux de vaincre leur solitude tout en étant indépendants. Le plus solitaire c’était lui, Gabriel. Il passait son temps à écrire, lire, regarder la TV, surtout à contempler, l’air nostalgique, tous les jours de son balcon le lever et le coucher du soleil sur la ligne horizontale de la mer tout là-bas. A qui, à quoi pensait-t-il au moment de la disparition puis de la naissance de l’astre solaire, emblème de la vie et de la mort ?
Ce soir, le ciel chargé de la brume automnale l’incitait à marcher le long de la plage pour profiter de ces moments privilégiés qui l’aidaient à traverser la dernière partie de sa vie. Pensif, il s’abandonnait aux éléments de la nature et se surprenait à converser avec la mer, sa fidèle alliée de jadis. Il l’aimait et la détestait à la fois. Il se méfiait. Réceptif à un net souvenir venu l’assaillir à chaque écrasement des vagues sur la plage, il entendait dans ses oreilles le bruit lui murmurer un prénom féminin : Eve… Eve… qui se répercutait en écho jusqu’à l’infini sans qu’il ne puisse s’en délivrer. Un frisson parcourut son corps, non de froid mais d’angoisse refoulée en attente de resurgir un jour.
Pourquoi précisément ce soir ? Il crut comprendre ce message.
Ancien officier général de la marine, il avait navigué à travers le monde et connaissait bien les caprices du temps. Souvent il avait été confronté aux gémissements de la nature, annonciateurs d’une tempête et ce soir, particulièrement, tout en marchant, il sentait le vent cingler ses joues, percevait une légère brume inhabituelle, remarquait quelques oiseaux apeurés tourner en rond dans un ciel furtivement chargé de nuages sombres et voyait les vagues se rapprocher sournoisement de plus en plus sur la plage. En alerte, sourcils froncés, il réfléchissait. Ce brutal changement de la nature ne lui plut pas et lui rappelait le souvenir le plus crucial de sa vie, l’obligeant d’un coup à faire demi-tour. C’est alors qu’il entendit comme un appel résonner à ses oreilles, la voix angoissée de Eve : « Mon sac Gabriel, mon médicament, nos papiers… » Désemparé, il arrivait dans le hall de son immeuble plongé dans l’obscurité. L’ascenseur privé d’électricité, il se dirigeait vers les escaliers, s’agrippait à la rampe et arrivait essoufflé, à son appartement. Main tremblante, il réussit à mettre la clef dans la serrure et entrait chez lui, bouleversé…
Des décennies en arrière…
Gabriel a 32 ans. Enfant unique de parents aisés, l’avenir lui souriait. Ses études dans la marine nationale lui ayant permis d’accéder au titre de Capitaine de Corvette- titre très honorable à son âge- Il avait décidé avant de se marier et de se lancer dans la vie active, de réaliser un rêve des plus fous : partir en Boeing 747 avec Eve en Australie puis, de là, tenter tous deux une balade d’un jour en solitaire sur un voilier en plein océan. Ce projet mûrissait dans sa tête depuis le jour où, enfin, sûr de lui, il s’était lancé dans cette belle aventure avec l’approbation de ses deux amis de la Faculté : Julien et Maxime.
Il se souvenait…
C’était en 1969. Il venait d’avoir juste 30 ans et venait d’apprendre la magique nouvelle de deux astronautes qui venaient de poser le pied sur la lune : Neil Armstrong en premier puis Buzz Aldrin en second. Le troisième, Mikaël Collins était resté en orbite autour de la terre. Qui l’eût cru ? L’évolution du monde, les voyages, ses études, Eve l’amour de sa vie… tout le passionnait. En catimini, il étalait sur sa large table en bois de sa cuisine la carte du monde, notait les points de repères des grandes villes emblématiques survolées : Strasbourg, Munich, Vienne, Moscou, New Delhi, Sanghai, Djarkarta, puis l’Asie centrale…et enfin marquait d’une croix le désert rouge Australien et l’atterrissage vers la baie lumineuse de Sydney, sans oublier quelques îles perdues, presque invisibles, ici où là, dans le Pacifique. En quelque sorte lui aussi, à l’image des astronautes, rêvait à sa façon de conquérir un peu l’espace, mais surtout la terre et les océans. Julien et Maxime, ses meilleurs copains de jeunesse, pleins d’espoir à l’époque, l’incitaient à faire ce voyage, alors, la fougue de la jeunesse l’emportant, il s’était jeté dans l’aventure mais, avant, il devait avertir ses parents et convaincre Eve de l’accompagner. Accepteront-ils tous et surtout accepterait-elle ? Sa réponse lui suffit.
-Avec toi mon amour, j’irai au bout du monde.
Eve était une très jolie petite femme mince, souriante, pleine d’entrain, mais atteinte, hélas, d’une maladie pulmonaire orpheline, provoquant parfois en période de crise d’étouf-fements, une importante cyanose aussitôt rectifiée par l’apport d’un médicament rare, le « Presta. » Le père d’Eve, Justin Lagardère, pharmacien de profession, inquiet en apprenant ce surprenant voyage avait refusé .
-Eve ne doit pas quitter la France ! Son état de santé ne le supportera pas ! Si son Gabriel veut partir, c’est son droit mais qu’il laisse notre fille !
Marie-Louise, la mère d’Eve, sentant la colère de son époux, garda son calme. Ce n’était pas le moment de répondre, ce qui exaspéra Justin qui espérait être compris.
-Si tu ne réponds pas, c’est que tu es d’accord avec Eve. Sa vie ne tient qu’à un fil. Tu le sais, ce médicament est très rare, exclusivement fabriqué dans un laboratoire aux Etats Unis, et je ne peux obtenir qu’une plaquette de quatre pilules chaque mois, puisqu’elle en prend une tous les lundis. S’il venait à manquer, la vie de notre fille serait en danger. Imagine que, là-bas, au bout du monde, pour une raison grave, elle ne puisse pas rentrer en France, comment se procurerait-elle ce médicament ?