De la vie sacrée aux existences massacrées
« La Vie est-elle la conséquence de réactions moléculaires ou en est-elle la cause, là avant toute manifestation? Est-elle Sacrée, ou n'est-elle qu'un « matériau à gérer » ?
« La Vie est-elle la conséquence de réactions moléculaires ou en est-elle la cause, là avant toute manifestation? Est-elle Sacrée, ou n'est-elle qu'un « matériau à gérer » ?
Qu'ils ne puissent objectivement répondre à cette question fondamentale n'empêcha nullement le scientifique et le législateur de faire leur choix, le premier en franchissant une à une toutes les limites par la Nature imparties, le second en s'arrogeant sur les existences le droit de vie et de mort.
FIVETE, avortement, PMA, GPA, ectogenèse, implants, euthanasie... : humanisme ou massacre des innocents ?
L'Homme ne s’évertue-t-il à nier les dieux que pour en usurper le Trône et s’asseoir en démiurge au sommet de l'Olympe ?
PREMIERES PAGES :
Nous sommes tous des démiurges.
Cela s’inscrivit profondément en l'Homme aussitôt qu'il prit conscience de n'être qu'un simple mortel et qu'il ne put accepter l'idée d'une inéluctable échéance fatale comme seule perspective d'avenir finalement assurée, tout le reste n'étant que détours avant d'en arriver là. La Mort n'est tolérable qu'accompagnée de la certitude ou de l'espoir d'une Survie. Mourir mais ne pas Disparaître est tout ce que, humblement, nous demandons. Sans cette condition, il n'y a pour nous que désespoir, seule promesse que peut nous offrir le Néant. Alors, d'une manière ou d'une autre, l'Homme prendra son bâton de pèlerin et partira en quête de son immortalité dans le temps que lui impartit sa mortalité, de sa part de Divin dans les limites que lui impose sa part humaine, de son Essence éternelle au travers de son existence éphémère. Mais quelle que soit la forme que revête ce voyage de Compostelle, celui-ci est toujours, par la nature même de cette recherche d'Élévation de l'être et à Elle de ce fait consubstantiel, désir de devenir semblables aux Dieux.
D'ailleurs, n'est-il pas écrit, dans les Textes des différentes Traditions, si le couronnement espéré d'une telle Sainte Pérégrination est d'abord et avant tout la certitude de ne pas Disparaître après le trépas, que sont obtenus par surcroît des pouvoirs indissociables de la nature divine ? « Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; ils saisiront des serpents; s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris. » peut-on lire dans l'Évangile de Marc (16, 17-18), tandis qu'au sein de l'Hindouisme le yogi, dit-on, se voit accorder des siddhis de plus en plus nombreux au fur et à mesure de l'ascension de la Kundalini. La grande promesse de cette Quête du Graal d'élever l'homme ordinaire au statut d'Homme extraordinaire, si elle est tenue, en fera donc aussi, nécessairement, un démiurge.
Et puisque la nature essentielle et première des Dieux est d'être créatrice, car ce n'est qu'ainsi qu'Ils peuvent devenir manifestes dans l'Univers, c'est en étant créateur que l'être humain se fera le plus sûrement à Leur image, puisque ce n'est qu'ainsi qu'il deviendra
manifeste dans le monde et qu'en définitive il laissera quelque chose de lui après son trépas. Créer est tout aussi consubstantiel à la nature humaine qu'à la nature divine, à ce point que même celui qui n'aura que faire des croyances et des mythes ne pourra échapper au désir de création, que ce soit dans les Arts, dans les Sciences, ou plus encore, car le rapprochant bien davantage que tout le reste du Geste divin primordial, en « donnant la vie », selon l'expression consacrée.
« Donner la vie », n'est-ce pas l'acte suprême du démiurge ? Certes pour le commun des mortels cela se limitera-t-il à s'assurer une descendance, cette prolongation par la chair étant la seule forme d'immortalité à laquelle l'être humain prétendra le plus souvent humblement toucher, mais cela ne saurait suffire à celui qui se voudra l'égal d'un Dieu. Car celui-là n'aura de cesse que de renouveler le Geste primordial : ici, c'est un kabbaliste qui voudra façonner dans la glaise un Golem à son image, lui insufflant la vie et l'animant en inscrivant à son front le nom qui lui donnera vie; là, c'est un alchimiste qui tentera dans le secret de son laboratoire, comme le fit Paracelse, de donner naissance à un homonculus dont l'apparition sera à ses yeux la preuve ultime de son Élection; là encore, ce seront des théurges qui voudront donner naissance à des élémentaux, émanations psychiques issues directement de leur volonté créatrice afin de s'en faire des serviteurs... Nous ne débattrons pas ici du crédit qu'il faut apporter à ces récits dont il faut accepter l'idée qu'ils ne puissent être que cela. Ce que voulions simplement souligner est que tous nos mythes, aussi loin que nous remontions, portent dans leurs mots l'écho de ce cri de l'Homme qui ne veut pas mourir, de cet espoir de devenir semblable aux Dieux, mais aussi de l'affirmation de cette orgueilleuse évidence : se vouloir démiurge, à des degrés divers, est inscrit dans la nature humaine.
Néanmoins, dans ce désir d'accéder au statut de démiurge doivent être établies de profondes distinctions, tant par la différence de nature et le degré d'élévation de la Pensée que par les conséquences qui en résulteront :
1) Viennent d'abord, au sommet de l'Éthique pourrions-nous dire, ceux qui n'ont de cesse au cours de leur incarnation, mus par l'intime conviction que l'existence ne saurait avoir d'autre raison d'être, de toucher à leur part de Divin, d' élever leur conscience jusqu'au point
où elle ne fera plus qu'une avec la Conscience suprême, par quelque yoga que ce soit, par ascèse intérieure ou extérieure, au travers d'une vie érémitique, cénobitique ou même séculière. Mais en ce cas, ce ne sont pas les pouvoirs qui sont ici recherchés, car ce ne serait alors qu'une quête entreprise par un orgueil qu'il faut au contraire nécessairement exhausser pour devenir semblables aux Dieux, prix non négociable à payer pour que le « moi » puisse devenir « Soi », pour que le « je » puisse devenir « Lui ». La recherche du Divin ne peut donc, au travers de l'abnégation et du désintéressement exigés, dissocier Immortalité et Sagesse, et si des pouvoirs de démiurge devaient être octroyés au Pèlerin Couronné, ils ne le seraient que de surcroît, parce qu'inséparables d'une nature divine devenue sienne. Le démiurge sera ici, obligatoirement, un Sage de la Montagne.
2) Viennent ensuite ceux qui, renonçant à cette Quête parce que trop exigeante ou ne l'ayant jamais entreprise parce qu'à leurs yeux chimérique, croyant en des Dieux, en un seul, ou en aucun, mèneront ici-bas la vie ordinaire des mortels s'efforçant de manœuvrer au mieux la barque de leurs existences en essayant de ne pas trop penser à l'issue finale, ceux qui sur Terre sont donc de très loin les plus nombreux, ceux parmi lesquels la plupart d'entre nous se comptent, ceux qui à défaut de devenir divins ont au moins à cœur de rester humains. Pour autant, ils n'en seront pas moins démiurges. Ils le seront lorsque, se saisissant d'un violon et de portées, d'une plume et de papier, d'un ciseau et de marbre, d'un pinceau et de pigments, comme lorsque déjà, enfants, ils se saisissaient de pâte à modeler, ils donneront un corps à leur pensée créatrice, se recréant eux-mêmes ainsi chaque fois. Comme ils le seront lorsque, deux d'entre eux s'unissant, ils donneront naissance à la chair de leur chair.
3) Viennent enfin ceux qui, ne pouvant se satisfaire de ne pas Croire et de nier tout droit à quelque forme de Transcendance ou de Sacré à imposer dans leurs existences une quelconque Morale, n'en caressent pas moins le rêve de devenir immortels, rêve qu'ils seront nécessairement contraints de demander à la seule Science de le faire devenir réalité. Mais ceux-là dont la négation de toute Spiritualité serait moindre mal s'ils acceptaient, comme ceux que nous évoquions précédemment, le déterminisme voulu par la Nature, ne se contentant pas de simplement admettre pour eux-mêmes qu'il soit impossible de
devenir spirituellement divin, se voudront des dieux dans le seul monde ayant à leurs yeux une existence, celui de la matière à laquelle ils demanderont qu'elle leur livrât le secret de l'immortalité. Nous sommes par conséquent ici en parfait miroir inversé de ceux qui, cherchant uniquement à se Réaliser en Dieu, se verront accorder les possibilités du démiurge parce qu'indissociables de l'état divin de celui que sera venue Couronner la Sagesse, et qui ne sauraient par essence même violer les Lois de la Nature, qui sont aussi pour le croyant celles de Dieu. Car ceux-là qui se veulent immortels par la technologie n'ont que faire de la Quête du Divin et du désir d'élévation de l'esprit vers la Sagesse la plus Haute qui se puisse concevoir, et par leur refus de n'être que d'humbles mortels de passage ils seront contraints au viol de ces Lois et, obligatoirement, parce que justement à l'exact opposé de la Sagesse qui invite l'Âme à s'élever toujours plus haut en même temps que toujours plus intérieurement vers la Transcendance et ses Désirs, à plonger toujours plus bas en même temps que toujours plus extérieurement vers la déliquescence et ses délires. À plonger toujours plus profondément dans la folie.
Cette folie ne serait pas en soi trop dramatique si elle ne concernait que ceux qu'elle touche, de sorte qu'elle pourrait être aisément circonscrite, mais en l'occurrence, elle a pour corollaires d'une part la nécessité de faire appel à des moyens technologiques et donc financiers colossaux, les retours sur investissements obligatoirement attendus imposant par conséquent des applications auxquelles la masse des humains qui n'avaient rien demandé devront, comme toujours en ce cas, d'une manière ou d'une autre se soumettre, et d'autre part, mais cela est lié, le nombre réduit d'individus qui auront accès à ce nouvel Olympe et qui sauront faire en sorte, nous pouvons pour cela leur faire aveuglément confiance, qu'ils n'y demeurassent que quelques-uns. Car ainsi que le formula très justement Monseigneur Robert Sarah, s'il y a des hommes augmentés, cela implique qu'il y ait des hommes diminués. Voyez-vous, il y a pire que les « fous de Dieu » : il y a les fous qui se font Dieux.