jean-marc savary éditeur

LA CHAIR ET LE REGARD DE L'ANGE - Jean PATAUT

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LA CHAIR ET LE REGARD DE L'ANGE - Jean PATAUTExtrait :

Le Prologue de l'évangile selon Saint Jean (I 1-14) appelle depuis toujours une multitude de gloses. On proposera, ci-après, quelques observations circonscrites, notamment relatives au Verbe (le Logos), à son Incarnation et au problème du Mal.
Mais avant d'entrer dans le propos, pourquoi ne pas constater ici quelques spécificités du style ? L'extrême simplicité des expressions retenues contraste en effet avec la grandeur de la symbolique, conforme d'ailleurs à un sujet si métaphysique. La beauté du texte, surtout récité à haute voix, se trouve comme portée par le souffle, et aussi par sa musicalité (plus encore en latin et en grec qu'en français), grâce à ses répétitions, ou plutôt "ses vagues successives", quasi-incantatoires. Puisqu'il est aussi un véritable mantra ; dit, redit et répété depuis tant de siècles.
Du Logos
A- Si le vocabulaire de Saint Jean est d'une extrême simplicité, même quand il aborde les sujets les plus difficiles (ce qui pourrait donner quelques leçons à nos philosophes universitaires), il existe au moins une exception à cette simplicité, et de taille : le mot Logos. D'ailleurs une des principales, sinon la principale, clef de lecture de tout le Prologue.
Ce terme grec - qu'on traduit généralement, chez les Catholiques, par Verbe et, chez les Protestants, par Parole - était alors un concept central de la philosophie platonicienne et stoïcienne, comme de la gnose alexandrine. Il était probablement bien connu de toute "l'intelligentsia" de l'époque - un peu comme le mot "Raison" au XVIIIème siècle ; et, comme ce dernier, il recouvrait un très grand nombre d'acceptions. Il n'est donc guère possible de l'expliciter en quelques lignes.
"Qu'est-ce que le Logos pour l'intelligence hellénistique ?... C'était assurément, pour certains, un être intermédiaire entre le monde et Dieu ; pour d'autres, c'était la raison divine répandue par le monde, distinguant les êtres et les choses ; et le mot n'en était arrivé là qu'avec une foule d'associations qu'il entraînait avec lui... Tout ce qu'il y a de sérieux, de raisonnable et de beau, de réglé, de convenable et de légitime, de musical et d'harmonieux, se groupait, pour l'esprit grec, autour du Logos."
On a souvent rapproché le Logos de Saint Jean, de l'usage qu'en faisait Philon d'Alexandrie - juif hellénisé (qui ne lisait pas l'hébreu) et l'un des plus éminents représentants de la gnose alexandrine. Mais chez Philon, on ne peut pas affirmer que le Logos, concept abstrait de la spéculation philosophique, était doté d'une existence personnelle. Alors que chez Saint Jean, il est "vie et lumière des hommes, Fils unique de Dieu, subsistant éternellement en Dieu et, finalement incarné parmi nous, afin de nous rendre participants à la plénitude qui est en lui".