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jean-marc savary éditeur

6-BRESIL SANS TERRE - Marie-Christine LABOURIE

20,00 EUR
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6-BRESIL SANS TERRE - Marie-Christine LABOURIEClaude, européenne, découvre le Brésil. Loin des clichés pour touristes, elle rencontre les habitants de la favela, le bidonville des «sans terre »…De la misère née la colère et l’envie de reprendre un destin en main. Celui d’être paysan, loin des promesses vaines et des corruptions de tous bords, quitte à entamer une lutte sans merci. Claude, impliquée dans la dureté de ce pays, se révèlera à elle-même. Véritable quête initiatique pour cette femme enquête de l’homme qu’elle aime…

EXTRAIT :

L’eau, ici, n’a rien à voir avec les étendues bleutées de la plage. Dans ces reflets boueux traînent toutes sortes de rebuts. Les flots sales ont aujourd’hui envahi la ruelle. Il faut évoluer sur un ponton aux planches disjointes. Pour accéder aux masures, on improvise des ponts de tôle, de bois, de caoutchouc. Les habitants qui reconnaissent Virginia lui adressent des gestes amicaux.

-C’est la fille d’Ana !... Beleza[1]

Gais, chaleureux, ils encerclent les visiteurs de leur voix chantante et d’abraços[2]généreux. Claude se raidit, Pancho rit, tandis qu’un cortège d’enfants bruyants les escorte.

-C’est très exactement là…

Le doigt tremble un peu, il désigne une baraque d’un bleu délavé et dont le reflet timide frissonne dans l’eau, comme une réplique discrète de l’émotion de Virginia. Des hommes empressés viennent construire un passage de fortune. Ils glissent, plongent dans la vase jusqu’à mi-cuisse, jurent, puis éclatent de rire. Ils finissent par tendre leurs bras : Claude est soulevée comme un trophée au-dessus de l’eau noire. Elle est délicatement déposée sur le seuil, dérangée par ce contact direct dont le mélange de brutalité et de prévenance la déconcerte. Pancho a tout vu : il sourit… Il vient de sauter, a frôlé la chute et s’est rétabli aux pieds de Claude. Tel un félin, il se relève, effleurant sa taille…

Une très jeune femme aux yeux de braise les accueille dans l’unique pièce et les invite à prendre place sur des caisses de bois, autour d’une table de fer. C’est Lucia. Le regard de Claude traîne sur les murs de tôle où cohabitent une photo du pape, du padre Cicero et des amulettes de Candomblé[3].Plus loin, un masque de diable, un chapelet usé, des images défraîchies de Mandela, du Che et d’Allende. Des enfants batifolent autour d’eux. Au plus petit, qui fascine Claude, la magie du métissage a accordé une peau noire et des yeux clairs ; il a saisi le portrait de padre Cicero et le montre avec insistance.



[1]Beleza : beauté

[2]Abraços : accolades. A l’origine, « l’abraço » servait en fait à tâter celui qu’on enlace afin de vérifier qu’il ne porte pas d’armes ( !).

[3]Candomblé : rite où se manifestent les Orixas, dieux venus d’Afrique, dieux immanents qui peuvent « descendre » pour s’incarner dans les corps des danseurs initiés, lors des transes. Le Candomblé fut longtemps réprimé. (Voir la boutique aux Miracles de Jorge Amado)